Questions interdites en entretien : les 5 à éviter !

13 000 euros d’amende pour une question sur la vie privée. Ce n’est pas une légende urbaine, juste le reflet d’une réalité française : l’entretien d’embauche n’est pas un espace de confidences ni de curiosités déplacées. La loi veille et la frontière entre l’intérêt professionnel et l’intrusion personnelle ne souffre aucune approximation.

Quelques questions, apparemment anodines, peuvent pourtant disqualifier tout un processus de recrutement. Un rappel des règles s’impose pour distinguer ce qui relève de l’intérêt professionnel de ce qui constitue une discrimination illégale.

Questions interdites en entretien : comprendre ce que dit la loi

L’entretien d’embauche ne se transforme pas en interrogatoire à la carte. Le Code du travail encadre strictement la nature des questions posées aux candidats. L’article L1221-6 précise : seules les informations ayant un lien direct et nécessaire avec l’emploi peuvent être demandées. Toute question sortant de ce cadre glisse alors sur le terrain miné de la discrimination à l’embauche, explicitement prohibée par l’article L1132-1 du même code.

En France, la frontière est claire. Le législateur a identifié entre 19 et 26 critères de discrimination : âge, sexe, situation de famille, origine, apparence physique, opinions politiques, appartenance syndicale, orientation sexuelle, état de santé, handicap, convictions religieuses … Autant de sujets interdits. Les questions sur la vie privée, famille, santé, religion, opinions politiques relèvent donc des questions interdites en entretien et exposent l’employeur à des sanctions lourdes.

Le rappel s’impose : l’article L225-2 du Code pénal prévoit une amende de 45 000 euros et jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour une personne physique, 225 000 euros pour une personne morale, voire l’interdiction d’exercer l’activité. La CNIL interdit par ailleurs la collecte de certaines données personnelles lors du recrutement, renforçant le cadre protecteur.

Poser une question interdite en entretien d’embauche ne relève donc pas d’une simple maladresse : la loi sanctionne ces pratiques, pour garantir l’égalité d’accès à l’emploi et limiter les risques de discrimination dans le processus de sélection.

Pourquoi certains sujets restent tabous face aux recruteurs ?

Le temps de l’entretien n’autorise pas toutes les curiosités. La vie privée du candidat relève d’un périmètre protégé. Ce principe n’a rien d’abstrait. L’entretien d’embauche doit servir à évaluer les compétences professionnelles et l’adéquation au poste, rien de plus. La loi trace une ligne nette : questionner sur la famille, la santé, la religion ou l’orientation sexuelle sort du champ légitime.

Le recruteur ne détient aucun mandat pour sonder l’intimité. Les questions sur le mariage, les enfants ou la situation médicale n’apportent rien à la compréhension des aptitudes professionnelles. Le rôle du recruteur s’arrête à l’évaluation des acquis, du savoir-faire, des expériences et des motivations. Pour l’aptitude médicale, seul le médecin du travail se prononce, jamais le manager ou le DRH.

Les raisons de ces tabous s’ancrent dans la volonté de maintenir une égalité réelle entre tous les candidats. Interroger sur ce qui relève de l’ordre privé, c’est risquer de basculer dans la discrimination à l’embauche, volontaire ou insidieuse. Le cadre légal protège ainsi la diversité et garantit que l’accès à l’emploi repose uniquement sur les aptitudes et les compétences, sans interférence de critères personnels.

Pour mémoire, selon les textes, seules les informations ayant un lien direct avec l’exercice des missions du poste peuvent être recueillies. Considérez les entretiens comme un exercice d’évaluation objective, centré sur le professionnel, jamais sur la sphère privée.

Les 5 questions à éviter absolument lors d’un entretien d’embauche

Quand l’entretien bascule vers le personnel, la vigilance s’impose. Le code du travail ne laisse aucune place au doute : certaines questions sont formellement prohibées. Voici les thématiques à bannir, car leur simple évocation peut suffire à remettre en cause toute la procédure de recrutement.

  • Situation familiale : “Êtes-vous marié(e) ?”, “Avez-vous des enfants ?” Ces interrogations relèvent de la sphère personnelle et n’ont aucun lien avec les compétences ou l’aptitude professionnelle. Leur simple formulation tombe sous le coup de la discrimination à l’embauche.
  • État de santé : Toute question sur une maladie, un handicap, ou même une grossesse potentielle viole le principe d’égalité. L’article L1221-6 du Code du travail rappelle que seul le médecin du travail peut se prononcer sur l’aptitude médicale.
  • Origine, nationalité, apparence physique : Tenter d’obtenir des informations sur l’origine ethnique, la nationalité, ou juger sur l’apparence physique expose à des poursuites civiles et pénales. Le critère de la nationalité ou de la race supposée figure expressément dans la liste des critères interdits.
  • Opinions religieuses ou politiques : Demander “À quelle confession appartenez-vous ?” ou sonder les opinions politiques outrepasse le cadre professionnel. La neutralité s’impose dans tout processus de recrutement.
  • Orientation sexuelle, activités syndicales : Les choix personnels, la vie sentimentale ou l’engagement syndical ne regardent ni l’entreprise ni le recruteur. La CNIL et la jurisprudence rappellent la protection stricte de ces données.

Face à ces questions, pas d’ambiguïté : la loi prévoit des sanctions lourdes, dont celles de l’article L225-2 du Code pénal. Amendes, interdiction d’exercer, voire peine de prison. Mieux vaut ne jamais les aborder.

Homme dans un couloir professionnel après un entretien

Comment réagir face à une question discriminatoire : conseils pratiques et recours

Lorsque la frontière est franchie, chacun doit savoir comment agir. S’il arrive qu’un recruteur pose une question déplacée, la première réaction à chaud est souvent la surprise. Pourtant, il existe des parades concrètes pour reprendre la main sans s’enfermer dans un rapport de force inutile.

Plusieurs options s’offrent au candidat qui voit surgir une question sur sa vie privée. Il peut choisir de ramener l’échange sur le terrain professionnel, en demandant simplement : « En quoi cette information est-elle utile à la fonction ? » Cette approche, posée et polie, permet de rappeler le cadre sans provoquer de tension. Si le recruteur insiste, décliner la réponse reste tout à fait légitime : le droit de ne pas répondre à une question illégale est reconnu et protégé.

Pour ceux qui souhaitent garder une trace, noter les propos entendus ou demander une confirmation écrite de l’entretien est judicieux. Ce type de document peut s’avérer précieux en cas de contentieux. En France, les recours existent : on peut saisir la Défenseur des droits, l’Inspection du travail ou le Conseil de prud’hommes pour signaler une discrimination à l’embauche. Les peines encourues peuvent grimper à 45 000 euros d’amende et trois ans de prison pour les personnes physiques, selon l’article L225-2 du Code pénal.

Enfin, du côté des entreprises, la vigilance n’est pas une option : un recrutement transparent et respectueux valorise la marque employeur, tout en s’inscrivant dans des pratiques responsables. Privilégier le professionnalisme, c’est aussi se prémunir contre tout risque de dérive.

Au bout du compte, refuser l’intrusion, c’est préserver la confiance et permettre à chaque candidat de franchir la porte de l’entretien sans craindre que l’on vienne fouiller derrière la poignée.

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