Un chiffre brut : chaque année, plus de 50 000 étudiants s’inscrivent en première année de licence de droit. Combien iront au bout ? Combien trouveront leur voie parmi les codes, les amphis bondés et les TD ? Plutôt que d’enrober la réalité, Delphine, étudiante à l’Université de Paris, a accepté de détailler sans filtre l’organisation, les matières et les possibles chemins de la licence de droit. Pour dialoguer avec d’autres étudiants en droit, c’est par ici !
Delphine est étudiante en droit à l’Université de Paris. A passé en revue l’organisation, les sujets et les opportunités de la licence de droit. Pour entrer en contact avec les étudiants du baccalauréat en droit, rendez-vous ici !
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8 min. Par El Thibaud Arnoult
Delphine, comment la licence de droit s’organise-t-elle ?
La licence de droit s’étale sur trois années. Les deux premières sont généralistes et donnent les fondations communes à tous, puis la troisième permet de s’orienter vers une spécialisation comme le droit public, privé ou international. Les jours s’alternent entre des cours en amphi, parfois plus de 500 étudiants réunis dans la même salle, et des Travaux Dirigés (TD) en petits groupes d’environ trente personnes. Là, on approfondit, on débat, et on pose toutes les questions qui restent en suspens. Selon l’université, la façon d’organiser les enseignements varie, mais le socle est le même : à Paris Descartes, qui a fusionné pour devenir Université de Paris, l’année est divisée en deux semestres distincts avec des matières qui changent à chaque fois.
Si tu hésites entre licence de droit, BTS notariat ou DUT carrières juridiques, une vidéo explicative détaille précisément débouchés, spécialisations et conseils issus du terrain.
Comment s’est passée ton intégration en licence de droit ?
Impossible de passer à côté du Bureau des Étudiants (BDE) : il organise événements et activités dès les premiers jours, histoire que tout le monde trouve rapidement sa place. Les associations font aussi beaucoup pour casser l’isolement. Même sans y adhérer, les premiers pas sur le campus et les débuts en TD suffisent souvent à rencontrer de futurs camarades de galère et d’entraide. À la fac, mieux vaut pouvoir compter sur au moins une personne de confiance, capable de dépanner en cas de cours manqué… ou de coup de fatigue.
Une liste complète des licences de droit accessibles via Parcoursup était disponible pour 2021, idéale pour se repérer parmi toutes les options.
Licence juridique : zoom sur le répertoire des licences légales sur Parcoursup cette année-là.
Quelle spécialité choisir au lycée pour rejoindre une licence de droit ?
Aucune spécialité n’est bloquante. Tous les profils trouvent leur place en licence de droit, qu’ils viennent d’une filière scientifique, technologique ou plus littéraire. Dans la promotion de Delphine, plusieurs camarades n’avaient pas suivi de matières juridiques au lycée et se sont très bien adaptés à la première année.
Cependant, ceux qui ont choisi « Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques » passent généralement le cap plus aisément. Un autre choix judicieux : « Sciences économiques et sociales », ou bien des options tournées vers les langues, la philosophie, ou les littératures. Ces disciplines rodent l’écriture, l’analyse et le débat, atouts évidents pour aborder la logique juridique.
Quelles ont été les difficultés en première année de droit ?
Le vrai choc, c’est l’autonomie. Plus personne ne surveille votre avancement : les chargés de TD sont là pour répondre, conseiller, mais le reste, c’est vous. Préparer chaque séance : à vous de jouer. Personne ne viendra rappeler qu’une dissertation ou un exposé est à rendre. Il y a des semaines où la pression monte, entre devoirs à rédiger et lectures à avaler. Pour ne pas se laisser déborder, la clé reste l’organisation.
Un live spécial licence de droit a récemment mis en lumière ces défis, en donnant la parole à des étudiants de différents niveaux.
Qu’est-ce qu’un amphi ? Un TD ?
Le cours en amphi, c’est la salle géante : 300 à plus de 700 étudiants, et il faut arriver tôt pour ne pas finir coincé dans un recoin inconfortable. Les séances s’étirent, alors mieux vaut s’installer sérieusement dès le début. Les TD, c’est tout le contraire : ambiance quasi-familiale, un petit groupe face à un enseignant, de la méthode, des exercices, et de la pratique. Le contrôle continu (notes de TD, participation, travaux maison) repose surtout sur ces séances.
Comment travailles-tu ?
Chacun construit sa méthode, mais préparer ses TD en avance change tout. Delphine lit toujours les documents fournis, même quand ce n’est pas explicitement exigé : c’est sa façon d’anticiper les surprises. La bibliothèque devient rapidement un point de repère, tout comme le travail chez soi pour organiser ses prises de notes et réviser plus efficacement. Être assidu aux conférences permet de mieux comprendre les liens entre matières et d’établir sa propre logique. L’essentiel, c’est de rester constant dans ses efforts.
Un florilège des meilleurs tweets donne parfois une note d’humour à la vie d’étudiant en droit, transformant stress et anecdotes en matière à sourire.
Best-of Twitter : la communauté fait régulièrement surgir les petites histoires édifiantes des couloirs de la fac.
Peut-on travailler à côté de la licence de droit ?
Durant le premier semestre, priorité à la prise de repères : difficile de dégager du temps pour un job. Par la suite, certains choisissent de travailler à côté, mais l’emploi du temps est compliqué à caler. Si les amphis ne sont pas obligatoires partout, suivre sans jamais y aller paraît risqué. Delphine, elle, a choisi le baby-sitting, qu’elle peut ajuster en fonction de ses créneaux libres, une façon d’arrondir les fins de mois sans sacrifier le rythme universitaire.
Quels conseils pour réussir sa première année en droit ?
Il n’y a pas de miracle : établir un planning de travail dès la rentrée fait gagner beaucoup de temps, et de sérénité. Fixer des créneaux à la bibliothèque, préparer chaque TD, arriver en cours en ayant déjà lu les sujets : autant d’habitudes qui évitent de se retrouver coincé devant une question surprise du chargé de TD, à l’oral comme à l’écrit.
Un autre réflexe : ne croyez pas ceux qui affirment que les amphis sont inutiles sous prétexte que les cours circulent en version PDF. Être présent, s’imprégner du raisonnement du professeur, interroger un point obscur directement : rien ne remplace cette régularité. Apprendre un cours rédigé par quelqu’un d’autre, à la va-vite, ne donne pas les mêmes résultats.
Plusieurs plateformes aident à l’orientation, pour celles et ceux qui cherchent encore leur parcours après la terminale.
Orientation : il existe bien des chemins à explorer après le baccalauréat.
Après la licence de droit : quelles perspectives, quelles spécialisations ?
En troisième année, chaque étudiant doit composer son menu : deux matières principales à choisir entre six (droit social, droit international privé, droit pénal, etc.), puis trois options complémentaires parmi toute une palette. Après la licence, de multiples masters s’ouvrent : droit commercial, juridique de la santé, droit public, voire doctorat pour les plus tenaces. Beaucoup visent le concours du CRFPA pour devenir avocat, qui requiert ensuite un passage par l’école d’avocats, alternant cours et stages en cabinet.
Un ouvrage signé Éric Sauray, avocat et professeur à l’Université Sorbonne Paris Nord, détaille les étapes pour embrasser la profession d’avocat, du master au barreau.
Panorama des parcours possibles après la licence de droit.
Comment bien démarrer l’année en licence de droit ?
S’informer avant la rentrée, lire certains livres de référence : cela fait la différence. « Chronique d’un étudiant en droit » de Rémi Raher donne un point de vue à la fois drôle et pragmatique sur la réalité de la L1, tandis que « Je veux réussir en droit » d’Isabelle Defrénois-Souleau propose une mise au point claire sur la méthodologie et l’organisation à adopter dès les premiers jours.
Mathilde, par exemple, combine la préparation du CRFPA avec un job de livreuse afin de financer ses études : une preuve supplémentaire qu’il faut parfois tout conjuguer pour avancer.
Le travail étudiant s’intègre à des parcours multiples : certains révisent en bibliothèque, d’autres entre deux courses de livraison pour garder un peu d’indépendance.
Pour aller plus loin : quelles matières en première année ?
1er semestre
Voici les grandes matières parcourues lors du premier semestre, avec pour certaines une alternance TD/amphi :
- Introduction générale au droit : découverte des bases du droit civil, notions majeures, travail sur la jurisprudence, analyse de décisions de justice. 4 h d’amphi et 1h30 de TD chaque semaine.
- Droit constitutionnel : étude de l’État, de la Constitution, des régimes politiques ; apprentissage de la dissertation et du commentaire juridique. 4 h d’amphi et 1h30 de TD.
- Histoire du droit : retour sur les origines antiques, le droit romain et son évolution jusqu’au XVIIIe siècle, essentiellement sous forme de commentaires de texte. 3 h d’amphi, 2 h de TD hebdomadaires.
- Institutions judiciaires : enseignement seulement en amphi, à gérer en autonomie. 4 h d’amphi par semaine.
Pour compléter ce socle, quelques enseignements pratiques sont proposés :
- Anglais juridique : 1h30 de TD chaque semaine, s’intéresse à l’histoire politique britannique, aux institutions et aux personnalités marquantes du droit anglo-saxon.
- Orientation : 3 h de TD, centrées sur le développement personnel, la prise de parole et la gestion des oraux.
- Informatique : 3 h de TD, pour s’approprier les outils bureautiques, rédiger un CV ou mener à bien un projet Word ou Excel.
L’évaluation articule contrôle continu (60 %), avec galops d’essai, exposés et devoirs à la maison, et partiel de fin de semestre (40 %). Certaines disciplines, comme les institutions judiciaires, n’ont comme note que le QCM final, tandis que les matières mineures reposent sur le contrôle continu.
2ème semestre
Au second semestre, les matières principales évoluent, mais le duo TD/amphi demeure, tout comme la diversité des contenus :
- Droit de la famille : approfondissement du droit civil, avec un focus sur le couple et l’enfance. 4 h d’amphi, 1h30 de TD hebdomadaires.
- Histoire des institutions : étude du droit en France depuis l’Ancien Régime jusqu’à aujourd’hui. 3 h d’amphi, 2 h de TD par semaine.
- Droit constitutionnel : cette fois, on s’attarde sur la Cinquième République, tout en maîtrisant la dissertation et le commentaire. 4 h d’amphi, 1h30 de TD.
- Institutions administratives : remplace les institutions judiciaires, toujours sans TD. On explore la définition, la structure, la centralisation et la décentralisation des administrations publiques.
On retrouve des enseignements dits « mineurs » et la possibilité de choisir deux options parmi plusieurs propositions : relations internationales, économie, droit européen, histoire antique, etc. Chaque module optionnel donne droit à trois à quatre heures d’amphi, sans TD.
Le système d’évaluation demeure inchangé : contrôle continu pour 60 % de la note (galops, devoirs notés), partiel pour 40 %. Les institutions administratives se terminent par une question à développer plutôt qu’un QCM, et chaque option se conclut par un examen final. L’anglais juridique, de son côté, donne lieu à deux notes, au milieu et à la fin du semestre.
Un classement des universités en droit pour 2020 offre un repère à ceux qui veulent comparer les structures à l’échelle nationale.
Au sortir de la L1, rien n’est figé : la suite s’invente chaque jour. Partir de son premier TD, ouvrir un code civil annoté pour la première fois, c’est peut-être déjà ouvrir la porte à mille possibilités. L’aventure se joue sur la longueur : la licence de droit, c’est Marathon plutôt que sprint.







