Un dispositif né dans l’urgence, des conditions qui ne laissent rien au hasard : la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat n’est pas un simple bonus distribué à la volée. Derrière cette mesure, un cadre légal précis et des critères d’exonération qui font toute la différence pour employeurs comme salariés.
Ce texte s’appuie sur l’Instruction ministérielle no. DSS/B/D/2019/2 du 4 janvier 2019, qui détaille l’exonération des primes exceptionnelles, selon l’article 1er de la loi n° 2018-1213 du 24 décembre 2018 portant sur les mesures d’urgence économique et sociale. Présenté sous forme de questions-réponses, il apporte des clarifications attendues sur l’octroi et le versement de la prime prévue par la loi.
L’article 1 de la loi du 24 décembre 2018 sur les mesures économiques et sociales d’urgence prévoit une exonération totale des cotisations et de l’impôt sur le revenu pour les primes payées entre le 11 décembre 2018 et le 31 mars 2019, à condition de remplir les critères indiqués par le texte.
Par cette mesure, l’État a clairement choisi de soutenir le pouvoir d’achat des salariés, en incitant les employeurs à offrir une prime de fin d’année. Mais cette générosité est encadrée : exonération totale, oui, mais seulement pour les primes qui respectent des limites précises. Le législateur a veillé à ce que ce bonus ne se substitue pas à la rémunération habituelle.
Le but affiché : garantir que l’initiative bénéficie en priorité aux salariés aux revenus les plus modestes, sans glissement insidieux vers une baisse des salaires. Les règles se veulent transparentes, l’attribution rapide, et la cible prioritaire reste les employés qui en ont le plus besoin.
TEXTE DE RÉFÉRENCE : Loi n°2018-1213 du 24 décembre 2018 sur les mesures socio-économiques et d’urgence
Résumé
Pour clarifier le dispositif, on peut retenir cinq axes principaux :
- I. À qui et sous quelles conditions la prime exceptionnelle ouvre-t-elle droit à exonération
- II. Comment fixer le montant à attribuer
- III. Les modalités décisionnelles concernant l’attribution
- IV. Versement, affichage et déclaration
- V. Le périmètre précis de l’exonération
I. Champ d’application : qui a droit à une prime exonérée ?
Les employeurs qui versent une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat à leurs salariés peuvent bénéficier de l’exonération, mais uniquement si les bénéficiaires sont affiliés à l’assurance chômage (article L. 5422-13 du Code du travail) ou relèvent des cas visés par l’article L. 5424-1.
Q.1.1. Les employeurs sont-ils obligés de verser cette prime ?
Non. L’employeur choisit librement. S’il verse la prime, il doit respecter la loi pour bénéficier de l’exonération.
Q.1.2. Du côté des salariés, qui peut en profiter ?
Tout salarié, à l’exception de quelques catégories du secteur public, peut toucher la prime. L’exonération s’applique si la rémunération annuelle brute reste sous trois fois le SMIC.
Q.1.3. Est-il possible de restreindre la prime à certains salariés ?
Oui, mais seulement selon un plafond de rémunération. L’employeur peut fixer une limite inférieure à 3 SMIC pour déterminer qui y a droit à l’exonération, mais il ne peut choisir d’autres critères d’exclusion ou établir des distinctions arbitraires.
Q.1.4. La présence dans l’entreprise à une date précise entre-t-elle en compte ?
Non. La règle retient les salariés en contrat de travail au 31 décembre 2018. Si la prime est attribuée avant cette date, seuls ceux en contrat au moment du versement en bénéficient.
Q.1.5. Les apprentis perçoivent-ils la prime ?
Oui, pour peu qu’ils soient sous contrat au 31 décembre 2018 ou à la date de versement si elle est antérieure. Ils sont placés sur un pied d’égalité avec les autres salariés.
Q.1.6. Quelle situation pour les mandataires sociaux ?
Un mandataire avec un contrat de travail touche la prime et l’exonération. Sans ce contrat, il n’y a ni obligation ni avantage fiscal lié.
Q.1.7. Les intérimaires sont-ils concernés ?
Oui. Les travailleurs temporaires bénéficient des mêmes droits que les permanents de l’entreprise de travail temporaire. Si l’entité qui fait appel à eux accorde la prime à ses intérimaires présents, elle le signale à l’entreprise de travail temporaire, laquelle effectue le paiement. Chaque entreprise de travail temporaire garde la faculté de gérer ce versement en fonction des missions effectuées pour les utilisateurs.
II. Fixer le montant : quelle somme et selon quels critères ?
Le choix du montant relève de l’employeur, plafonné à 1 000 euros exonérés. Ce montant peut varier selon des critères objectifs.
Q.2.1. Dépasser la barre des 1 000 euros, c’est possible ?
Oui, mais tout ce qui dépasse ce seuil redevient soumis à cotisations, CSG-CRDS et impôt sur le revenu. Les 1 000 premiers euros restent hors charges.
Q.2.2. Les montants peuvent-ils être différents d’un salarié à l’autre ?
Oui. Il est permis de moduler selon le revenu, le niveau de qualification, la classification, la durée du travail sur le contrat ou la présence en 2018. À chaque fois, il doit s’agir de critères factuels et vérifiables.
Q.2.3. L’ancienneté ou la présence effective en 2018 influence-t-elle la somme ?
Oui, si la règle utilisée correspond à celle du fractionnement du SMIC pour la réduction de cotisations : on ajuste au temps de travail, en suivant la réglementation en vigueur sur les absences. Les absences liées à la naissance d’un enfant ou aux situations familiales protégées ne peuvent en revanche entraîner une minoration de la prime.
Q.2.4. Peut-on ajuster les montants selon les établissements de l’entreprise ?
Oui, si la décision unilatérale ou l’accord le prévoit. La détermination peut s’effectuer soit au niveau de l’établissement, soit au niveau de toute l’entreprise.
Q.2.5. Est-ce que l’absence ou la présence impacte le montant ?
L’absence ou la présence peuvent être prises en compte, tant qu’on reste dans le cadre des critères objectivement établis.
Q.2.6. Peut-on cumuler les critères de modulation ?
Oui, la loi l’autorise. Par exemple, durée de présence cumulée avec un niveau de rémunération.
Q.2.7. La prime intervient-elle dans d’autres dispositifs d’exonération ?
Non, elle n’a pas d’incidence sur d’autres calculs de cotisations sociales ni sur les diverses primes de rupture, licenciement ou autre. Elle demeure distincte.
Q.2.8. Peut-on attribuer zéro euro à certains salariés ?
Non. Tous les salariés éligibles perçoivent une prime, sauf absence en 2018 ou non-respect du plafond retenu.
Q.2.9. La prime exceptionnelle remplace-t-elle une autre rémunération ou une prime préexistante ?
Ceci est strictement exclu. Elle ne doit ni masquer une hausse de salaire attendue ni se substituer à une prime déjà prévue par contrat, convention ou usage (13e mois, prime de vacances ou de performance, etc.). Toutefois, si la prime exceptionnelle dépasse la moyenne des deux exercices précédents et qu’elle est identifiée à part, elle peut être exonérée.
III. Comment acter l’attribution : accord collectif ou décision unilatérale ?
Q.3.1. Quelles voies pour fixer les modalités de la prime ? Tout passe par un accord d’entreprise, ou à défaut, une décision unilatérale prise avant le 31 janvier 2019. Dans ce second cas, l’information des représentants du personnel s’impose.
Voici les façons juridiquement admises de conclure un accord d’entreprise pour cette prime :
- Accord dans une convention collective signé avec un ou plusieurs délégués syndicaux
- Signature avec les représentants syndicaux de l’entreprise
- Vote majoritaire au comité économique et social
- Ratification favorable des deux tiers des salariés, appréciée au moment de la validation
Q.3.2. Que précise l’accord ou la décision ?
Le texte ou la décision peut fixer plusieurs aspects du dispositif :
- Le montant ou les montants de la prime
- Le plafond de rémunération applicable le cas échéant
- Les modalités exactes de modulation
Q.3.3. Peut-on exclure certains salariés par ce biais ?
La loi n’autorise d’exclusion que sur le critère de rémunération et dans la logique exposée au point 1.3.
Q.3.4. L’accord doit-il être transmis à l’administration ?
Oui, le dépôt auprès des autorités compétentes doit être effectué par la partie la plus active, accompagné des pièces requises. Cette formalité garantit la validité du dispositif. Quant à la décision unilatérale, elle doit être prise avant la fin janvier et communiquée à toutes les instances du personnel ou, en l’absence de représentation, directement aux salariés.
IV. Versement et déclaration de la prime
Le versement doit intervenir au plus tard le 31 mars 2019.
Q.4.1. Le paiement peut-il être fractionné ?
C’est permis, dans le respect des règles sur les avances de salaire.
Q.4.2. Peut-on encore verser un complément après la limite du 31 mars ?
Impossible. Tout versement doit être terminé avant cette date, même si la paie est habituellement décalée.
Q.4.3. Faut-il que la prime apparaisse explicitement sur le bulletin de paie ?
Oui, idéalement sur une ligne distincte, dans le bulletin du mois concerné. La rémunération affichée doit correspondre au net réellement versé.
Q.4.4. Est-il obligatoire de déclarer la prime aux organismes sociaux ou fiscaux ?
Oui, la déclaration de ce revenu non soumis à charges reste indispensable, pour que l’administration puisse vérifier la conformité du dispositif. Cette déclaration s’effectue dans la Déclaration Sociale Nominative, selon la notice applicable.
V. Sur quoi l’exonération porte-t-elle concrètement ?
Q.5.1. Quelles cotisations ou taxes sont concernées ? Quand l’ensemble des conditions légales est rempli, la prime exceptionnelle, versée à ceux gagnant moins de 3 SMIC, s’affranchit de toutes cotisations sociales et taxes classiques, qu’elles soient d’origine légale ou conventionnelle.
La liste des prélèvements frappe par son ampleur :
- Cotisations de sécurité sociale, parts salariale et patronale, régime local inclus si besoin
- Cotisations aux retraites complémentaires, AGFF et APEC comprises
- Assurance chômage (y compris AGS)
- Solidarité autonomie
- Contribution transport
- Dialogue social
- FNAL
- CSG et CRDS
- Taxe sur les salaires
- Taxe et contributions sur l’apprentissage (toutes variantes), formation professionnelle, alternance
- Participation à la formation professionnelle continue
- Financement du compte personnel de formation
- Participation à l’effort de construction
- Contributions issues d’accords de branche éventuels
Le plafond pour ces cotisations s’apprécie côté employeur ; pour l’impôt sur le revenu, c’est salarié par salarié que la limite s’applique.
Q.5.2. Comment déterminer la limite des 3 SMIC ?
Le seuil correspond à trois fois le SMIC annuel calculé sur la base des heures légales. La rémunération prise en compte suit l’assiette des cotisations sociales et englobe les indemnités de rupture. On suit la même méthode que pour la réduction des charges sur les bas salaires, en tenant compte du temps de présence. En cas de régimes particuliers, des règles spécifiques entrent en jeu. Aucun ajustement à la hausse n’est admis pour ce plafond.
Q.5.3. Cette prime échappe-t-elle à l’impôt sur le revenu ?
Oui, la prime bénéficie d’une exonération totale : pas de prélèvement à la source ni d’impôt à régler pour le salarié.
Q.5.4. La prime influe-t-elle sur d’autres prestations, comme la prime d’activité ?
Non, elle n’est, en règle générale, pas incluse dans le calcul du revenu fiscal de référence ni pour l’octroi de la prime d’activité.
Pour faciliter l’archivage ou partager ce cadre légal en interne, un format PDF de ce contenu est disponible au téléchargement.
Un rappel marquant : ce dispositif, exceptionnel aussi bien dans le fond que dans la forme, n’apparaîtra sans doute qu’en pointillés dans l’histoire sociale. Mais chaque règle, chaque seuil, chaque détail marque une volonté affichée, cibler sans dévier, agir vite sans oublier la justice. Reste à chacun de s’y retrouver, alors que la promesse du « pouvoir d’achat » continue de fédérer autant qu’elle interroge.

